CONFLITS INTERINDIVIDUELS OU SOCIAUX ?



Numéro 141
ISBN : 978-2-84795-385-5
151 pages
Date de parution : Décembre 2017
23.50 €



Éditorial

L’attraction intime qui pousse les êtres à se saisir, se détruire, s’absorber, se dévorer puis, après s’être unis, à se manifester à nouveau sous une autre forme, est-elle de même nature que celle qui fait tenir ensemble les individus qui composent un groupe et une société ? La force serait la même à en croire les philosophes et les psychanalystes : celle qui pousse la monade originelle ou l’androgyne des commencements à y retrouver enfin sa moitié et ainsi à se livrer aux joies de la complétude. Oui, mais voilà, la prolongation indéfinie du Même, si elle était possible ressemblerait beaucoup à une homéostase figée pour l’éternité, une sorte de mort ou du moins l’idée que l’on s’en fait au paradis… Le risque, le changement, la vie, il va falloir que le couple, singulier ou élargi, les reconstitue dans la quotidienneté intranquille. Le monde extérieur, exclu dans un premier temps, pourra alors s’avérer très utile. Tout d’abord, dans la mesure où il lui permet de ressouder une unité contre l’extérieur dans la connivence voire la complicité mais aussi dans la solidarité contre une éventuelle adversité. L’art de la dispute qui rétablit un peu de distance, répond à la crainte que la monade ne puisse se fissurer dangereusement mais il offre à la fin l’incomparable plaisir du retour du Même que l’on avait un instant cru perdre… On ne comprendrait pas autrement pourquoi les couples et les groupes voire les sociétés passent tellement de temps et usent tant d’affect sur des discussions parfaitement futiles, véritables jeux agonistiques dont la fonction est avant tout de s’assurer qu’il y a bien deux entités différentes et non pas une seule avec les risques mortifères que cela entraînerait. Le narcissique au contraire, grâce à son auto-suffisance, n’a pas besoin de cet apport externe Mais pas plus les individus que les groupes ne peuvent vivre en autarcie. Pourtant la nécessité de se récupérer soi-même par le biais d’un objet extérieur auquel vous lie une relation est bien évidemment une issue potentiellement dangereuse. Elle implique que les forces destructrices tournées vers le Moi n’aient pas pu être négociées autrement qu’en les faisant assumer par un objet extérieur, qui permet de vivre parce qu’il risque, à tout instant, de tuer. Avec l’ambition d’aborder la question des conflits interindividuels et sociétaux à partir d’une commune approche métapsychologique, et faisant suite au numéro 140, « Protester, contester, construire », Topique n° 141 explore cette même thématique et la manière dont la reconstruction permanente du lien assure que sujets et sociétés puissent entrer dans une relation vivante.


Sophie de Mijolla-Mellor


Sommaire du numéro



• Le couple comme groupe
Henri-Pierre Bass

• Dualité ou duel dans le couple
Sophie de Mijolla-Mellor

• Les conflits dans le couple
Jean-Marie Brohm

• Corps, genre et pratiques sexuelles dans le couple
Helga Kruger Kirn

• Dimensions sociales des conflits interpersonnels
Angela More

• Maillage transdisciplinaire et esprit démocratique : clinique des agirs violents à l’adolescence
Anne-Claire Dobrzynski
, Albert Ciccone

• Recevoir les protestations, les refus, les contestations des jeunes des quartiers populaires urbains, pour les accueillir au monde et renouveler la démocratie
Joëlle Bordet

• Quelles réponses aux actings-out adolescents ?
Anne Perret
, Anne Descusse
, Jean-Luc Kurukgy

• La Famille au-delà des Frontières
Jorge Gravanita

• Alcoolisations massives et débordements collectifs dans les grandes écoles : de la contestation à la soumission
Roxane Dejours

• Faim et témoignage : expériences traumatiques dans la clinique et dans la culture
Karla Patricia Holanda Martins
, D. Kupermann